Écrire un blues

· Styles et modèles : étudier puis pasticher · Niveau 4 · 18 min

Le blues est né au tournant du XXe siècle dans le Sud des États-Unis, porté par les communautés afro-américaines. C'est l'une des formes les plus fécondes de l'histoire : le jazz, le rock, la soul et une bonne partie de la pop en descendent. Et c'est une école de composition exceptionnelle, parce que tout y est fixé (la forme, les accords) sauf l'essentiel : ce que tu as à dire par-dessus.

Les empreintes du style

  • Le blues en 12 mesures : trois phrases de 4 mesures sur les accords I, IV et V.
  • Des accords de septième de dominante partout : Do7, Fa7, Sol7. Même la tonique est un accord « instable », et c'est ce qui donne ce son rugueux.
  • Les blue notes : la tierce mineure (Mi♭) jouée contre l'accord majeur, la quinte diminuée (Fa♯/Sol♭), la septième mineure (Si♭).
  • Le swing ou le shuffle : les croches ne sont pas égales, la première est longue et la seconde courte (« dou-ba dou-ba »).
  • L'appel et la réponse : une courte phrase (souvent celle du chanteur), puis un silence ou une réponse instrumentale ; et la structure de texte AAB (on dit une phrase, on la répète, on conclut).
  • Le riff : un motif court et percutant, répété même quand l'accord change.

La grille

Mesures 1–4Do7Do7 (ou Fa7)Do7Do7
Mesures 5–8Fa7Fa7Do7Do7
Mesures 9–12Sol7Fa7Do7Sol7 (turnaround)

Fa7 en mesure 2 s'appelle le quick change. La mesure 12 sur Sol7 relance la grille vers un nouveau tour : c'est le turnaround.

La gamme blues

M:4/4
L:1/8
Q:1/4=90
K:C
"C7"C _E F ^F G _B c2 |]

Six notes : Do, Mi♭, Fa, Fa♯, Sol, Si♭. Le Fa♯ (la « blue note » par excellence) s'utilise presque toujours en passage, entre Fa et Sol. Sur un blues en Do, cette gamme fonctionne sur les trois accords : c'est pratique, mais attention à ne pas en faire une machine à phrases toutes faites.

Riff, appel et réponse, et main gauche boogie

M:4/4
L:1/8
Q:1/4=100
K:C
%%staves {RH LH}
V:RH clef=treble
V:LH clef=bass
[V:RH] "C7"z2 _e =e g2 c2 | "F7"_B2 c2 z4 | "C7"z2 _e =e g2 c2 | "C7"_B2 c2 z4 |]
[V:LH] C,>E, G,>A, _B,>A, G,>E, | F,>A, C>D _E>D C>A, | C,>E, G,>A, _B,>A, G,>E, | C,>E, G,>A, _B,>A, G,>E, |]

La main droite joue un riff : une glissade Mi♭–Mi (la blue note qui se « redresse »), Sol, Do, puis une réponse Si♭–Do et un silence. Ce silence est essentiel : c'est l'espace de la réponse. Le riff reste identique sur Fa7 : la même phrase sonne différemment sur un autre accord, c'est un grand plaisir du blues. La main gauche joue un motif de boogie-woogie (fondamentale, tierce, quinte, sixte, septième, et retour) en rythme pointé : c'est ainsi qu'on note approximativement le shuffle.

Le turnaround

M:4/4
L:1/8
Q:1/4=100
K:C
%%staves {RH LH}
V:RH clef=treble
V:LH clef=bass
[V:RH] "C7"c _B G _E C2 z2 | "G7"[B,DFG]4 z4 |]
[V:LH] C,E,G,A, _B,A,G,E, | G,,B,,D,F, G,F,D,B,, |]

Les deux dernières mesures de la grille : une descente de la gamme blues sur Do7, puis Sol7 qui « relance » la machine. Le turnaround est la virgule entre deux tours ; à la toute fin du morceau, on le remplace par une conclusion sur Do7 (ou Do9).

Compose comme on chante : écris d'abord un petit texte en anglais ou en français de trois lignes AAB (« Je me suis levé ce matin, la pluie tombait sur la ville / Je me suis levé ce matin, la pluie tombait sur la ville / J'ai pris mon vieux piano, et j'ai joué jusqu'à midi »). Chante-le sur la grille : chaque ligne occupe deux mesures, les deux suivantes sont pour la réponse du piano. La forme se construit toute seule.
Erreurs fréquentes :
  • Remplir toutes les mesures de notes : sans silence, pas d'appel ni de réponse.
  • Jouer des croches strictement égales : sans swing, le blues sonne comme un exercice.
  • Utiliser des accords parfaits (Do, Fa, Sol) au lieu des septièmes : on perd la couleur.
  • Oublier le turnaround : la grille ne « reboucle » pas naturellement.

La recette

  1. Choisis un tempo (lent et lourd, ou shuffle dansant) et une main gauche (boogie, ou simples accords sur 2 et 4).
  2. Invente un riff d'une ou deux mesures avec au moins une blue note.
  3. Applique la forme AAB : riff (mesures 1–4), riff sur Fa7 (mesures 5–8), une phrase différente qui conclut (mesures 9–12).
  4. Laisse des silences pour les réponses ; termine chaque tour par le turnaround.
  5. Écris un deuxième tour où le riff est varié (déplacé, raccourci, monté d'une octave).

Ton atelier

  1. Lance la piste blues en Do et chante (ou joue) le riff ci-dessus sur tout un tour de 12 mesures.
  2. Invente ton propre riff de deux mesures en utilisant la gamme blues. Note-le dans l'éditeur ABC.
  3. Écris un tour complet de 12 mesures en forme AAB, avec main gauche boogie ou en accords de septième.
  4. Écris un second tour qui varie ton riff, puis une fin (remplace le turnaround par un accord de Do7 tenu).
  5. Essaie aussi la piste boogie pour entendre ta mélodie avec un autre groove.
  6. Autocontrôle : en jouant ton blues avec la piste, ressens-tu le retour de la grille sans compter ? Les silences laissent-ils de la place à une réponse ? Alors tu joues vraiment le blues.

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