Le folk et la guitare
Histoire de la musique · Musiques populaires du monde moderne · Niveau 3 · 15 min
Le mot folk veut dire « peuple ». Au XXe siècle, il désigne une musique qui prolonge les chansons traditionnelles avec des moyens simples : une voix, une guitare (ou un banjo, un harmonica), et des paroles qui comptent. Son histoire est inséparable de celle du disque, de la radio et des grands mouvements de société.
Les racines : la musique rurale enregistrée
Dans les années 1920, les maisons de disques américaines découvrent qu'il existe un public pour la musique des campagnes. En 1927, à Bristol, à la frontière du Tennessee et de la Virginie, le producteur Ralph Peer enregistre en quelques jours la Carter Family et Jimmie Rodgers : ces séances sont souvent considérées comme le point de départ de la musique country. Au même moment, on enregistre les bluesmen du Sud, les violoneux et les chanteurs de ballades des Appalaches, héritiers des vieilles chansons d'Écosse, d'Irlande et d'Angleterre. Le banjo, dont les ancêtres sont des luths africains, fait partie de ce paysage.
John et Alan Lomax sillonnent les États-Unis pour la Bibliothèque du Congrès ; en 1933, ils rencontrent en prison le chanteur et guitariste Lead Belly. En 1952, l'Anthology of American Folk Music, compilation de vieux 78 tours réunie par Harry Smith, deviendra la bible d'une génération de jeunes musiciens.
Woody Guthrie et la chanson engagée
Pendant la Grande Dépression des années 1930, Woody Guthrie parcourt l'Amérique avec sa guitare, aux côtés des fermiers ruinés et des travailleurs migrants. Il écrit des centaines de chansons sur leur vie, dont This Land Is Your Land (1940). Pete Seeger, avec son banjo et le groupe The Weavers, prolonge cette tradition : faire chanter le public, défendre des causes.
Le revival des années 1960
À la fin des années 1950, de jeunes étudiants redécouvrent ces chansons. Les cafés de Greenwich Village, à New York, et le festival de Newport (à partir de 1959) deviennent les scènes du folk revival : Joan Baez, Bob Dylan, Peter, Paul and Mary, plus tard Simon & Garfunkel. Le folk accompagne le mouvement des droits civiques et l'opposition à la guerre du Vietnam. En 1965, à Newport, Dylan joue avec une guitare électrique et un groupe de rock : une partie du public proteste, mais folk et rock ne cesseront plus de se mêler.
Le phénomène n'est pas qu'américain : en Grande-Bretagne et en Irlande, des guitaristes comme Davy Graham et Bert Jansch inventent un style mêlant folk, blues et jazz (Graham popularise l'accordage DADGAD) ; en France, la chanson à texte (Brassens, Brel, Barbara) donne la priorité aux mots ; en Amérique latine, la nueva canción de Violeta Parra et Víctor Jara chante la justice sociale.
La guitare folk : des techniques précieuses
- Les accords ouverts en premières positions, grattés au médiator ou aux doigts.
- Le picking à basse alternée (popularisé par Merle Travis, d'où le nom de Travis picking) : le pouce joue des basses régulières sur les temps, les doigts ajoutent mélodie et notes entre les temps. La guitare devient un petit orchestre.
- Les accordages ouverts (open G, open D, DADGAD) : les cordes à vide forment un accord et résonnent librement.
Voici le principe du picking à basse alternée, dans un exemple générique : le pouce alterne deux basses sur les temps (Do et Mi, puis Sol et Ré), les doigts jouent sur les contretemps.
M:4/4 L:1/8 Q:1/4=90 K:C clef=treble-8 "C" C G E c C G E c | "G7" G, B D f G, B D f | "C" C G E c C G E c | "C" [CEc]8 |]
L'American primitive guitar
À la fin des années 1950, le guitariste John Fahey (1939–2001) invente une musique instrumentale pour guitare seule qui ne ressemble à rien d'autre : il mélange le blues rural des années 1920, des hymnes religieux, la musique classique et, plus tard, des influences indiennes, sur des accordages ouverts et avec un pouce qui bat comme un métronome. Il appelle ce style, avec humour, l'American primitive guitar, et fonde son propre label, Takoma, qui publie aussi Robbie Basho et Leo Kottke. Au XXIe siècle, Jack Rose (1971–2009) et d'autres guitaristes ont redonné vie à cette tradition, avec de longues pièces hypnotiques, tantôt proches du ragtime, tantôt des ragas indiens.
Ce qu'il faut entendre
- Une voix au premier plan, souvent peu travaillée, qui raconte.
- Une guitare acoustique (ou un banjo, un harmonica), des accords simples.
- Des formes strophiques : couplet, refrain, couplet…
- Pour l'American primitive : guitare seule, basses obstinées, accordages ouverts, longues pièces qui évoluent lentement.
À écouter
- Anthology of American Folk Music (Harry Smith, 1952), la Carter Family, Lead Belly.
- Woody Guthrie, Pete Seeger, Joan Baez, le premier Bob Dylan.
- John Fahey, Robbie Basho, Leo Kottke, Jack Rose.
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