La pédale selon les époques

· La pédale · Niveau 5 · 15 min

La pédale n'est pas un effet universel à appliquer partout de la même façon. Les instruments ont beaucoup changé entre 1700 et 1900, et chaque style demande une approche propre. Connaître l'histoire aide à faire des choix éclairés, sans dogmatisme.

Baroque : Bach, Scarlatti, Rameau

Ces compositeurs écrivaient pour le clavecin, le clavicorde ou l'orgue : aucune pédale forte. La clarté du contrepoint est primordiale ; le legato s'obtient avec les doigts (substitutions, legato digital). Sur un piano moderne, on peut ajouter de très légères touches de pédale pour colorer une cadence ou soutenir un arpège (comme dans le Prélude en Do), mais jamais au point de brouiller les voix.

Classique : Haydn, Mozart, le jeune Beethoven

Le pianoforte viennois possédait souvent une genouillère (levier actionné par le genou) qui levait les étouffoirs. Son son, plus léger et moins long que celui d'un piano moderne, s'éteignait vite. Mozart l'utilisait, mais avec parcimonie. Aujourd'hui : pédales courtes, demi-pédales, beaucoup de passages sans pédale, et surtout pas de « brume » sur les basses d'Alberti.

M:4/4
L:1/8
Q:1/4=100
%%staves {RH LH}
V:RH clef=treble
V:LH clef=bass
[V:RH] c2 e2 g3 f | e2 d2 c4 |]
[V:LH] C,G,E,G, C,G,E,G, | B,,G,D,G, C,G,E,G, |]

Dans un tel passage de style classique, jouez d'abord sans pédale : l'accompagnement d'Alberti doit être clair et léger. Une touche de pédale courte sur l'accord final suffit.

Beethoven, le grand expérimentateur

Beethoven indique souvent la pédale lui-même, parfois de manière audacieuse : dans le premier mouvement de la Sonate « Clair de lune » il demande de jouer senza sordini (sans étouffoirs) tout du long, et dans la Sonate « La Tempête » il fait tenir la pédale sur des récitatifs entiers. Sur un piano moderne, beaucoup plus résonant, on adapte avec des demi-changements pour garder l'effet de brume voulu sans brouillage excessif.

Romantiques : Chopin, Schumann, Liszt

La pédale devient essentielle au son. Chopin note soigneusement ses pédales ; elles sont souvent longues et intègrent la basse dans les harmonies. On utilise la pédale syncopée, les demi-changements pour garder les basses, et la pédale douce pour la couleur.

Impressionnistes : Debussy, Ravel

Debussy écrit peu d'indications de pédale mais en attend beaucoup : des résonances superposées, des basses tenues longtemps, des pédales vibrées. Il aurait dit qu'il fallait « pédaler avec l'oreille ». Les longues notes tenues dans le grave (souvent liées « dans le vide ») sont des invitations à laisser résonner.

Erreur fréquente : transposer les habitudes romantiques à Mozart ou à Bach (tout baigner de pédale), ou au contraire refuser toute pédale par purisme. Le bon goût vient de l'écoute et de la connaissance des instruments d'époque.
Astuce : écoutez des enregistrements sur instruments d'époque (pianoforte viennois, Pleyel de Chopin, Érard de Debussy). Vous comprendrez immédiatement pourquoi chaque musique demande une pédale différente.

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